Ah j’en vois déjà dont le flanc frémissant se couvre d’une fine pellicule de sueur, je sens l’excitation qui vous gagne, comme la
montagne.
J’en vois qui attrapent une cigarette pour mieux savourer la joie d’un nouvel article sur les profs, même si à eux, je dis, le tabac
c’est MAL, j’en veux pour preuve le compliment qui m’a été fait récemment par Valou : « depuis que tu fumes plus, t’as le poil brillant ».
Ah que oui, trois semaines sans tabac et voici que ma peau déjà parfaite devient plus lisse encore, sans parler de ma toison
capillaire qui envoie des signaux au soleil et je te parle même pas de ma foufe.
Bref, tout ça pour dire, dans un langage plus courant (ce qu’il faut pour vous, gens de la plèbe) : vous êtes contints,
hin ? ça vous fait plizir, hin ?).
Mon Dieu qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour se faire comprendre de ses lecteurs.
Donc, je m’en vais vous entretenir de mon quotidien voyagesque pour me rendre sur les lieux.
(point besoin de préciser quels lieux, pas d’aisance en tout cas, même si la plupart du temps c’est à chier).
C’est le COVOITURAGE.
Du latin covoiturere, qui signifie : supporter la promiscuité avec des profs dans un espace clos avant même d’être dans l’antre
du savoir.
Ce covoiturage existe depuis de nombreuses années dans mon lycée afin de transporter depuis Toulouse jusqu’à la belle cité de
Montauban des hordes de profs.
C’est simple : il y a un point de rendez vous, sur un parking, chacun doit avoir sa voiture, et chacun conduit en général une
fois par semaine, et paie les frais lorsqu’il conduit, d’essence et d’autoroute.
On se donne rendez vous une heure avant le début du cours, on monte dans la voiture du chauffeur, et en avant.
Le soir on se retrouve au lycée avec son chauffeur attitré qui nous ramène au point de rendez vous.
Il y a en général au moins un départ à toutes les heures, ainsi qu’un retour.
Quand on a un changement d’emploi du temps, il suffit de regarder sur le planning s’il y a une place dans une autre
voiture.
Voilà, t’as compris ?
Bon.
Ca c’est le côté technique.
Mais il ne faut pas oublier le côté humain.
La promiscuité.
Dès 7 h du matin.
Non, je te vois venir, ce n’est pas un problème d’hygiène, le prof sent bon le matin (c’est le soir que ça se gâte).
Ce qui est plus difficile ce sont les conversations.
Ben oui.
Parce que de nombreux co-voitureurs arguent que le cov, c’est bien parce que le temps passe plus vite quand on discute.
Oui mais quid des tombes du matin ? De ceux pour qui le silence est une valeur sûre, surtout quand on a pas envie d’entendre ou
de dire des conneries ?
Moi, par exemple , ce que j’aime le matin c’est être seule et mettre la musique à fond et utiliser toute mon énergie à ne pas
penser.
Et le soir, j’aime mettre la musique à fond et utiliser toute mon énergie à ne plus penser à la journée, eût elle été de merde, ou
pas.
C’est ennuyeux.
Parce que tu dois quand même te taper les conversations.
Alors il existe plusieurs solutions :
Sourire poliment en montant dans la voiture, se caler dans un coin et
s’endormir.
Inconvénient : mieux vaut que ce soit tôt le matin, qu’il fasse nuit et qu’il y ait d’autres passagers pour parler au chauffeur
sinon c’est pas très sympa.
Ou : participer au début à une conversation et y mettre fin brutalement en étant très désagréable,
et tourner la tête pour bouder. Exemple :
X : Dis donc Betty, tes parents sont en Egypte, ça se passe bien ?
Moi: Ah bah oui, ça va, ils s’éclatent, les deux, aujourd’hui ils sont au Caire, et moi je vais à Montauban » (HUMOUR).
Y : bof tu sais, c’est bien l’Egypte mais il y tellement de monde sur ces sites,
finalement on n’a pas à regretter grand-chose.
Moi : oui excuse moi, je me suis saignée pour leur offrir un voyage là bas, à
eux, ouvriers retraités, mais c’est tellement SURFAIT l’Egypte, ANDOUILLE! (vers la fin je n’ai fait que penser le mot..)
Y : euh oui, bien sûr, c’est vrai, d’ailleurs si on veut les voir en vrai ces lieux célèbres, on est obligés d’y aller hein (sic).
Moi : ............
J’ai ensuite ruminé dans un coin et personne m’a parlé.
J’ai un naturel un peu ombrageux.
Sinon voici le type d’autre conversation que tu peux ouïr.
Toujours la même voiture, toujours la même personne, Y.
Y, à X qui vient de déménager : « alors c’est super tu dois drôlement profiter de l’Utopia maintenant ?
»
L’Utopia c’est un cinéma qui passe un peu des films d’auteur mais desfois non, et c’est vachement plus tendance d’aller à l’utopia, un
prof ne dit pas, par exemple, tiens, hier soir chui allé au CGR voir le dernier Pixar avec mes gosses, mais « je suis allé à l’Utopia voir un film d’animation roumain
magnifique ».
Tu comprends le prof se doit d’être cultivé. Et de nous souler avec ça.
Alors que nous on aimerait bien faire des blagues de cul, mais disons qu’à l’Utopia, ça se fait pas trop.
Les autres joyeusetés du covoiturage sont les « voitures de la mort ».
Je t’explique.
T’as la voiture de la mort au sens propre. Parce que t’as toujours un ou deux chauffeurs, qui prônent le 160 sur l’autoroute, et à
chaque fois que tu montes avec eux tu penses à tes enfants à qui tu vas tellement manquer, et tu te dis qu’après ta mort, ton mari pensera même pas à nettoyer de temps les chambranles de portes
(et les portes).
Mais tu as aussi les voitures de profs d’ELECTRONIQUE.
Normalement si tu connaissais les profs d’électronique tu tremblerais, tu gémirais telle une bête blessée.
Mais tu ne les connais pas.
Ce sont des aliens.
Ils parlent d’électronique tout le temps. Du départ, jusqu’à l’arrivée. Ils sont systématiquement en retard le soir, si c’est l’un
deux qui te ramène. Je suppose que l’an dernier j’ai dû être punie pour quelque chose car je rentrais à 17h avec une voiture pleine de profs d’électronique.
Une fois, j’ai attendu 20 minutes sous la pluie leur arrivée, près de la voiture (une 405 break ancien modèle). Quand ils sont arrivés
ils m’ont dit qu’ils attendaient que la pluie se calme avant de traverser la cour.
Et donc, ensuite ils parlent d’électronique, mais avant de commencer ils innovent dans le trajet pour sortir de la
ville…
Toute l’année (je JURE que c’est vrai, ce sont de grands malades), ils ont essayé plusieurs itinéraires pour éviter les 300 m
d’embouteillages qu’il y a à 17h.
Ils ont essayé de gagner du temps (environ 2 minutes), en contrôlant sur leur CHRONO.
J’ai eu envie de pleurer souvent, car après ça il fallait que j’endure des discours sur l’électronique auxquels je n’entravais rien,
et j’avais même pas un complice à qui faire des clins d’œil.
Tu as aussi les voitures de VRAIS CASSE -C....
Tu sais,
le gars qui est pris en exemple par l’opinion publique.
LE prof, LE vrai, celui que les gens n’aiment pas.
A côté, les autres profs tu as de la tendresse pour eux, même les profs d’électronique, tu vois.
Exemple :
- X :
tiens à la Toussaint, je pars en famille à Paris. On a loué un truc, pas cher. On va visiter TOUT, mais ça revient pas cher parce que j’ai plein de bons plans.
- Y (tout admiratif) : ah dis donc super, alors, quelle chance. Tu pars à toutes les
vacances.
- x: oui et en
plus, on ira à Disney, mais attention hein, pas pour Halloween avec tous les blaireaux, non, nous on y va AVANT et en plus on a les « fastpass » donc on attendra
jamais.
-
Moi : t’es sur que t’attendras pas, même avec les fastpass ? parce que c’est
pas aussi simple que ça.
- Bah non, je suis pas un blaireau, je sais me démerder, je
l’ai déjà fait.
Arrivée au péage : prise du ticket (tiens, le CASSE- C........n’a pas de badge, serait il un blaireau ?)
Au niveau de la bretelle d’accès, petit bouchon.
Le bonhomme commence à pester (c’est aussi un vrai toulousain).
Il attend 46 secondes.
Il passe entre les bornes et repart dans l’autre sens, au péage de sortie.
Fier de lui il dit à Mr Péage : « c’est pour un passage gratuit , y a un bouchon, alors j’attends pas, je ressors de
suite lol méla mdr ».
Mr Péage est pas content : c’est interdit de faire ça, d’ailleurs ça bouchonne déjà plus.
Le casse - c..... lui dit " oui mais moi j’ai quand même attendu 5 minutes » (han)
Il nous laisse partir.
Y : (tout compatissant) dit « ah ben il était pas aimable,
hein »
X : « c’est même pas ça, il est
malheureux c’est tout, ce blaireau ce pauvre homme.."
Moi : en même temps t’avais pas le droit de
faire ça, il va pas te féliciter, et puis vu son boulot de merde, on va pas non plus l’engueuler.
Y :ah ben je suis désolée je connais plein
de boulot de merde où les gens sont aimables.
Moi : par
exemple ?
Y : ben les
caissières.
Moi : ……
Finalement, une fois dans l’autre sens, le Casse- c...... s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de rond point (faut croire qu’il
n’était jamais passé par là avant…le blaireau) , et il a fallu reprendre la route VERS Montauban pour attraper une sortie et repartir sur les 4 voies, reprendre un ticket et se RETAPER le
ralentissement dû à quelques travaux (temps d’attente, 2 minutes).
Puis on s’est cogné ses bons plans anti – blaireaux : comment il va au ski (je supporte pas cette histoire de ski), pour PAS
cher, comment il est heureux, comment ses enfants ils sont heureux, et comment il fait des affaires, et comment il est trop fort (pas pour gagner du temps par contre.)
Tu vois le covoiturage c’est sympa.
Tu fais des économies d’essence, de péage, d’énergie.
Mais psychologiquement, t’es mort…