Reçois-je l’autre jour par sms.
Un peu sibyllin pour le non initié, je le concède.
En fait j’avais une passionnante conversation smsesque avec une prof de lettres fort gironde dont j’ai parlé ici,
Je lui narrais avec force détails la nouvelle maladie mortelle dont je souffrais alors (les os) (en fait, vraisemblablement une tendinite au genou PLUS une rotule un peu poucrave) (rassure toi ça va mieux depuis que le doc a dit le nom de ce que j’avais, j’ai mal aux mâchoires désormais).
Elle me disait donc qu’elle souffrait également de je ne sais plus quoi.
Je lui disais alors que nous étions foutues.
Elle m’a alors lancé : « c’est pas grave on est des filles bien (elle a raison), on va aller au paradis ».
Venait alors un point.
Et la fin du sms « fais ton brushing ».
Ca m’a interpellée tellement fort que je me suis retournée pour voir s’il y avait quelqu’un derrière.
Mais comme j’étais dans ma cuisine qui est toute petite et que j’aurais senti une présence (je suis médium en plus d’être conne) et surtout, comme c’est une expression, il n’y avait personne à part ma machine à pain dont je ne me sers plus trop souvent vu qu’il faut 3 heures et demi pour faire le pain et que le week end je me lève toujours trop tard, ou alors faudrait qu’on mange vers 14h, et à la rigueur, bon, pourquoi pas (mais je crois que j’ai plus de levure boulangère, fais moi penser à passer à Inter).
Je me suis donc fait la remarque suivante, qui est d’une perspicacité étonnante pour voir que je n’ai que 129 de QI.
« putain on dirait bien que tout le monde se fout de ma gueule avec ça, que tout le monde SAIT à quel point ma vie capillaire est compliquée. ».
Et c’est alors que je dois faire un flash back vers quand j’avais environ 8 ans.
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J’ai 8 ou 9 ans.
Je suis élevée par mes grand parents, et ma grand – mère, Maria, décrète abruptement que ma tignasse est constituée de « queues de rat ».J’étais alors une petite fille extrêmement jolie et déjà modeste, aux cheveux longs et fins, blonds vénitien.
C’est joli le blond vénitien, mais pour t’expliquer à quoi ça ressemble vraiment, je peux pas, j’ai pas de nuancier Régécolor sous les
yeux.
A cette époque, j’avais décidé que je serais coiffeuse, car j’adorais accompagner Maria chez sa coiffeuse et tripoter les bouteilles, les onguents et autre machins dont s’enduisent les gens
sérieux.
Finalement j’ai changé d’avis, heureusement, car sinon je m’appelerio Josy et j’aurais une French manucure affreuse et les cheveux de plusieurs couleurs, et mon salon s’intitulerait « Capil ‘ hair » ou je ne sais quelle connerie.
Ou pire, je m’appelerai Gérald et je ferai des UV entre deux séances de mèches à quelque pouf blonde.
Bref.
Donc Maria a décidé que mes tifs étaient trop raides et fins.
Elle a décidé que je ferai une « permanente ».
A 8 ou 9 ans.
Ca a donné un résultat fort mitigé. Par contre, les conséquences furent catastrophiques surtout à long terme.
A l’adolescence, alors que je trainais avec quelques copains de la cité, dès qu’une goutte s’avisait de choir sur ma tête, je partais à l’abri pour ne pas FRISER.
Déjà, ça faisait rire tout le monde et me mortifiait terriblement.
Je suis absolument convaincue, quoiqu’on puisse me dire, que cette permanente a ENCORE des effets sur moi. Qu’on me prouve par A + B le contraire, mais franchement, je suis SURE de moi.
J’ai donc progressivement compris que pour avoir une coiffure à peu près normale, je n’avais d’autre choix que le BRUSHING.
Le brushing, tu le sais, est la torture qui consiste à tirer avec une brosse sur des mèches de cheveux pour les lisser et avoir un aspect relativement normal.
Donc, pour moi le shampoing est un cauchemar car il est synonyme de galère pendant 20 minutes au moins après la sortie de la douche.
Et comme, bien que tu ne sois guère futé, tu te demandes ce qui se passe si je ne le fais pas, et bien sache que en fait, je ne ressemble à rien de répertorié, même dans le règne animal.
En fait, mes tifs derrière, sur la nuque, sont vaguement bouclés. Et le reste, après un séchage « naturel » est à la fois raide ET frisotté. Mais frisotté crépu, tu vois.
C’est aussi ce qui se passe si je prends la flotte.
Je FRISOTTE.
Donc j’ai toujours avec moi, pendant l’hiver, un béret, au cas où je n’aurais pas pris de parapluie (l’idéal étant d’avoir les deux, car il faut savoir qu’un vent par temps humide a à peu prés les mêmes effets sur ma tignasse).
Par conséquent, les gens voient bien que je suis toujours en train de trafiquer quand il bruine un peu. (quand il pleut à verse, je ne suis pas dessous, tu t’en doutes).
Alors j’explique : Maria, 8 ans, permanente, frisottis.
Ainsi, il y a TOUJOURS quelqu’un pour me balancer un truc la dessus.
Même des collègues masculins dont on sait, bien sûr, à quel point ce genre de détail leur passe au dessus du ciboulot.
Ou une copine moqueuse.
Personne ne se rend compte, pourtant, comme c’est ATROCE à vivre hein.
L’angoisse perpétuelle du nuage, le hoquet d’inquiétude quand le vent se lève, les palpitations quand je sens la première goutte.
Finalement je me demande s’il n’aurait pas mieux valu que je m’appelle Gérald.
Non ? Si ? Non ? Si ?
Et toi, c’est quoi le truc couillon que personne n’ignore ?
« Ma petite biche,
(oui c ‘est ainsi que ma mère m’appelle, car j’ai le flanc palpitant, l’oreille frémissante, et l’œil inquiet mais vif).
Je te faxe la lettre de la CGRDTY, et du STPMDR, ainsi que de l’ALGECO.
Je ne comprends pas trop, alors tu pourras regarder et téléphoner, puis tu m’expliqueras.
Merci ma chérie.
Bises à tous les 4.
Papa et maman. »
C’est le genre de fax que reçoit une « fille de sourd ».
En général la fille de sourd soupire puis lit les différents courriers, hoche la tête, ne comprend rien à ces histoires de retraite ou autre, hoche la tête, téléphone, ne comprend toujours rien, et finit par dire à sa mère « c’est bon j’ai téléphoné, rien d’important ».
Desfois c’est important alors la fille de sourd passe l’après midi au téléphone, puis à faxer à sa mère pour lui dire « cherche tel papier », la mère ne comprend pas de quoi il s’agit, la fille de sourd qui est à 200 kms casse des assiettes, hoche la tête et recasse des assiettes, au lieu de corriger les 12 000 copies de ses génies en herbe.
Mais y a plein d’autres aventures possibles !
T’en veux quelques unes ? Oui ?
Bon, je suis gentille, hein, alors ok.
Tu as aussi Fille de sourd chez le médecin avec son père (pas le père du médecin hein) pour faire le point sur son diabète (celui du père) (de Fille de sourd).
- Bonjour Docteur.
- Bonjour Madame, Bonjour Monsieur , comment allez vous (le doc parle subitement plus fort et articule à outrance).
Réponse du père, regard du doc vers Fille de Sourd, qui traduit.
- Bon c’est très bien, tout ça, voyons votre carnet de contrôle de glycémie.
- ……………………
- Ah je vois que vous n’êtes pas très bien stabilisé, on va voir ça, venez Monsieur, je vous prends la tension, je vous pèse et je contrôle votre taux.
Salle d’examen attenante, Fille de sourd reste sur le fauteuil.
Le doc parle au père.
Le père a pas compris, Fille de sourd se lève, traduit, se rassoit.
Le père répond.
Le doc crie : « qu’est ce qu’il a dit ? »
Fille de sourd qui a compris depuis son fauteuil, traduit.
Retour devant le bureau.
- Monsieur, je pense qu’il va falloir changer de traitement, celui-ci ne suffit plus, il a été efficace pendant 10 ans, mais là, on augmente un peu, donc je vous change de molécule, blablabla………………………
Regard perplexe du père.
Traduction de la fille.
Renfrognage du père.
Ré-explication de la fille.
Re- renfrognage du père.
Fin de l’épisode.
Dans l’ascenseur, on reformule, on réexplique.
Le père est drapé dans sa dignité, ne jette pas un regard à sa fille, il a horreur des médicaments, et encore plus d’en changer parce que sa maladie s’aggrave.
La fille monte dans la voiture.
Hoche la tête.
Rentre et explique à la mère, qui comprend de suite, et qui intervient auprès du bourru (ou de la bourrique, au choix.)
La bourrique fera la gueule 2 jours et se fera à l’idée, surtout après que sa fille lui a dit « tu préfères que ton diabète s’aggrave et qu’on te coupe une guibolle, dis voir, TU PREFERES ? ».
Tu as aussi Fille de Sourd et la famille.
Quand Fille de Sourd a eu l’âge de s’exprimer intelligiblement et de comprendre ce qu’on lui disait, les parents lui ont demandé de TELEPHONER à la famille (ou à de parfaits inconnus, aussi), bien qu’elle fut alors une très grande timide.
Fille de Sourd avait, disons, 8 ans.
Mère : tu vas téléphoner à ta tante Germaine, pour lui dire qu’on passera la voir dimanche prochain, on portera un gâteau (sous entendu, si elle nous invite à bouffer, c’est d’accord)
Fille : je sais pas qui c’est, moi, je la connais pas.
Mère : mais si c’est ta tante, la sœur de Mamie, elle habite là bas (dans le fin fond de la Corrèze)
Fille (dans sa tête) : ah oui la vieille qui pique…
« allo, c’est Betty la fille de G et L. Maman demande si on peut venir la semaine prochaine »
- la vieille : oh ma petite Betty comment ça va ? Et papa ? et Maman ? et papi etc….
- Oui, ça va.
- Oh ben moi dis donc j’ai de l’arthrose, de l’arthrite, des rhumatismes, de l’emphysème, du poil au menton, j’y vois plus dans les coins…. »
(Après on s’étonne que je sois devenu hypocondriaque, ah, ça, on s’étonne).
Autant dire que téléphoner à des gens que je ne connaissais pas ou que je voyais deux fois l’an était un véritable cauchemar, et ça les parents n’arrivaient pas à comprendre pourquoi...
Tu as aussi Fille de sourd et les connards.
Le connard est une espèce extrêmement répandu, toi aussi je suis sure que tu en connais.
Si, si réfléchis, parmi tes voisins, tes collègues, et même tes amis (tu fais genre, mais tu es bien conscient qu’en fait d’amis ce sont plutôt des connards en puissance).
Un exemple.
Fille de sourd doit téléphoner (pour changer) à une administration, une banque, un artisan, ou la boucherie.
« Allo, dit Fille de sourd, bonjour (car elle est bien élevée), je suis la fille de Mr et Mme Truc.
Je vous appelle parce qu’il semblerait qu’il y ait un souci au niveau de leur comptes, leur avis d’imposition, la facture de travaux, le steak de ce midi (rayer la mention inutile).
- Ah bon ? ça m’étonnerait ça.
- Ah peut être que ça vous étonne mais c’est bien vrai pourtant.
- Ah oui, on va voir ça ...
Fille de sourd prend un peu de Rescue.
- Vous dites que vous êtes Madame ?
- Mme Machin, la fille de Mr et Mme Truc.
- Ah, et c’est vous qui appelez pour leur problème ?
- Ben oui.
- Et ils peuvent pas le faire eux ?
- Ben non
(Fille de sourd jette le Rescue qui s’explose par terre et attrape les gants de boxe).
- Je suis désolé(e) mais je ne vois pas pourquoi je répondrais à leur fille et pas à eux-mêmes.
Fille de sourd sourit de son sourire de psychopathe qui va lui défoncer sa...euh pardon.
- Ah vous êtes désolé (e), non mais ne le soyez pas, c’est vraiment pas la peine, ce que je vous propose c’est de leur offrir un billet pour Lourdes, parce qu’à moins d’un miracle ils ne vous appelleront jamais en personne, ils sont sourds, CONNARD (SSE), hein, alors OK, je veux bien qu’ils aillent à Lourdes, et à leur retour on en reparle D’ACCORD ????
- ...............................................................
- Je vous disais donc qu’il y a un petit souci avec leur ......
The End.
Les parents de Fille de sourd attendent que la conversation soit finie.
Ils veulent savoir si c’est bon, c’est réglé, si la madame elle était gentille, si elle a résolu le souci.
Bah oui hein pas de problèmes.
Le seul problème que je vois, c’est celui là.
Comment as tu pu me faire ça?
Comment as tu pu me confondre avec une autre qui porte le même grâcieux prénom que moi?
Comment as tu pu lui envoyer un mail la félicitant (encore heureux) pour sa plume acérée mais néammoins efficace?
COMMENT?
Mon coeur saigne, tu sais.
Tu devras, par quelque moyen que ce soit, expier ce péché.
Je serai magnanime et ne te demanderai pas de payer de ton sang cet irrémédiable outrage.
Non.
A la rigueur tu peux te mettre un cilice à la cuisse, et même ailleurs si tes dimensions le permettent (mouhahahaha), ainsi en prêchant la bonne parole à tes ouailles, tu penseras à ce péché
quouasi - mortel.
Tu peux également te faire pardonner cet outrage en t'agenouillant devant moi et en baissant les yeux vers mes augustes pieds grecs au milieu de la cour, pendant la récréation (et tu sais comme
elle est grande cette p..... de cour, figure toi que pas plus tard qu'aujourd'hui je l'ai traversée deux fois consécutives parce que j'avais oublié mon cartable à la salle des profs, je me
disais, bordel ma grosse, t'es toujours aussi gourdasse, hein).
Et sinon, tu devras me payer le brouet qui nous sert de café jusqu'en juin et m'acheter des cigarettes (tu crois pas que je vais fumer tes trucs roulés pourris) , car comme chacun le sait, j'ai
toujours arrêté de fumer mais encore moins qu'avant.
Tu vois bien comme je suis clémente, (comme la mère d'Abby dans Côte Ouest, à moins que ce ne fût Clemens? Mais en américain c'est presque pareil alors bon). ( Mes références culturelles sont
élevées, I know that, pas comme ce blogueur qui fait rien qu'à écrire JENOA City au lieu de GENOA , mais hahahahaha, vraiment quoi).
Au fait, je suis ton père, Yannis.
Ah non, rien à voir.